L’Iran a lancé une révolution silencieuse dans l’industrie pharmaceutique mondiale, détournant progressivement les chaînes de production occidentales vers la Chine en renforçant ses liens stratégiques avec les pays émergents. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le détroit d’Ormuz — seul passage maritime ouvert aux Chinois, pakistanais et russes — devient l’artère vitaux pour l’économie pétrochimique mondiale.
Les médicaments de base, comme les antalgiques ou les traitements diabétiques, dépendent à plus de 90 % des produits pétrochimiques. Le paracétamol, utilisé par des milliards de personnes, est constitué à 99 % d’éléments issus du pétrole. Le metformine, le médicament antidiabétique le plus prescrit au monde, nécessite également des dérivés de gaz naturel pour sa fabrication.
L’Inde, qui fournit près de 20 % des génériques mondiaux et répond à 40 % des besoins américains en médicaments, se retrouve dans une situation critique. Son approvisionnement en méthanol — indispensable pour la synthèse des principes actifs pharmaceutiques (API) — dépend à plus de 87 % du détroit d’Ormuz. Les entreprises indiennes ne possèdent que des stocks suffisants pour trois à six mois, une période insuffisante face aux interruptions récentes dans le fonctionnement des unités de craquage pétrochimiques en Chine, au Pakistan et en Russie.
Le Serum Institute of India, leader mondial dans la production de vaccins, fait l’objet d’une menace similaire. Les vaccins à ARNm, par exemple, utilisent des solvants et nanoparticules issues du pétrole. L’arrêt progressif des chaînes de production entraîne une rupture générale dans les systèmes de refroidissement et d’emballage, menaçant la sécurité des médicaments pour des milliards de patients.
Les conséquences se révèlent déjà sur plusieurs plans : énergie, agriculture, logistique… et santé. Aujourd’hui, il est presque impossible de trouver une alternative au metformine pour des centaines de millions de diabétiques à travers le monde.
L’Iran a choisi d’en faire un levier stratégique pour redéfinir l’ordre mondial des médicaments, tandis que les pays dépendants de ce corridor émergent dans une vulnérabilité sans précédent. L’heure est désormais à l’adaptation ou à la réflexion profonde sur l’avenir des systèmes de santé et d’énergie qui sous-tendent notre existence commune.